Le médecin généraliste dispose d’un large éventail d’examens complémentaires qu’il peut prescrire directement, sans nécessiter l’intervention d’un médecin spécialiste. Cette autonomie diagnostique représente un atout majeur dans le parcours de soins coordonnés, permettant une prise en charge rapide et efficace des patients. La capacité du médecin traitant à ordonner ces investigations contribue significativement à l’établissement d’un diagnostic précis et à la mise en place d’un traitement adapté, tout en respectant les contraintes économiques du système de santé.
Cette prérogative s’inscrit dans le cadre réglementaire de la Nomenclature Générale des Actes Professionnels (NGAP) et du Code de la Sécurité Sociale, qui définissent précisément les actes médicaux accessibles en première intention. L’évolution constante de ces référentiels témoigne de l’adaptation du système de santé aux besoins diagnostiques contemporains et à l’expertise croissante des praticiens de première ligne.
Examens biologiques prescrits directement par le médecin généraliste
Les analyses biologiques constituent l’épine dorsale du diagnostic médical en médecine générale. Le médecin traitant peut prescrire une gamme étendue d’examens sanguins et urinaires, répondant aux besoins diagnostiques les plus fréquents de sa patientèle. Cette liberté de prescription s’appuie sur une formation médicale solide et une connaissance approfondie de l’interprétation des résultats biologiques.
Analyses sanguines de routine : numération formule sanguine et hémogramme complet
La numération formule sanguine (NFS) représente l’examen biologique le plus couramment prescrit par le médecin généraliste. Cet examen révèle des informations essentielles sur l’état général du patient, notamment le nombre de globules rouges, de globules blancs et de plaquettes. L’hémogramme complet permet de détecter diverses pathologies telles que l’anémie, les infections, les troubles de la coagulation ou encore certaines hématopathies malignes.
L’interprétation de ces résultats nécessite une expertise particulière que possède le médecin généraliste. Les valeurs de référence varient selon l’âge, le sexe et l’état physiologique du patient. Une leucocytose peut orienter vers une infection bactérienne, tandis qu’une thrombopénie peut révéler un trouble hématologique plus complexe nécessitant des investigations complémentaires.
Bilans métaboliques : glycémie, créatinémie et bilan lipidique
Le dépistage et le suivi des maladies métaboliques représentent une part importante de l’activité du médecin généraliste. La prescription d’une glycémie à jeun permet de diagnostiquer le diabète de type 2, pathologie dont la prévalence ne cesse d’augmenter dans la population générale. Les recommandations actuelles préconisent un dépistage systématique chez les patients présentant des facteurs de risque cardiovasculaires.
La créatinémie constitue un marqueur indispensable de la fonction rénale. Son dosage régulier permet de détecter précocement une insuffisance rénale chronique, complication fréquente du diabète et de l’hypertension artérielle. Le calcul du débit de filtration glomérulaire (DFG) à partir de la créatinémie offre une évaluation précise de la fonction rénale, guidant ainsi les décisions thérapeutiques
Le bilan lipidique (cholestérol total, HDL, LDL, triglycérides) est lui aussi prescrit en première intention par le médecin traitant. Il intervient à la fois dans le dépistage des dyslipidémies et dans le suivi des patients à risque cardiovasculaire (tabac, hypertension artérielle, obésité, antécédents familiaux). Sur la base de ces résultats, le généraliste peut déjà adapter l’alimentation, proposer une activité physique, voire introduire un traitement hypolipémiant sans attendre l’avis d’un cardiologue ou d’un interniste.
En pratique, ces bilans métaboliques constituent le socle du check-up médical complet que l’on réalise à intervalles réguliers, notamment à partir de 40 ou 45 ans. Ils permettent d’anticiper l’apparition d’affections silencieuses comme le diabète de type 2 ou l’hypercholestérolémie, qui évoluent souvent à bas bruit pendant des années. C’est précisément pour éviter cette « médecine en retard » que le médecin généraliste est encouragé à prescrire ces examens simples mais stratégiques.
Marqueurs inflammatoires : vitesse de sédimentation et protéine c-réactive
Les marqueurs inflammatoires, en particulier la vitesse de sédimentation (VS) et la protéine C‑réactive (CRP), font partie des examens que le médecin peut prescrire directement, sans recours préalable à un spécialiste. Ils ont pour objectif de confirmer ou d’infirmer l’existence d’un processus inflammatoire ou infectieux dans l’organisme. Comme un « thermomètre interne », ils ne donnent pas le diagnostic mais renseignent sur l’intensité de l’inflammation.
La VS est un examen ancien mais toujours utile, notamment dans le suivi de pathologies chroniques (maladies auto-immunes, rhumatismes inflammatoires, certaines maladies infectieuses prolongées). Elle varie plus lentement dans le temps et reflète plutôt l’inflammation à moyen terme. La CRP, au contraire, augmente et diminue rapidement, ce qui en fait un excellent marqueur des infections aiguës (bronchite, pneumonie, pyélonéphrite, etc.) ou des poussées inflammatoires brutales.
En consultation de médecine générale, le couple VS/CRP est très souvent associé à une NFS et à d’autres examens de base dans un bilan de fièvre prolongée, de douleurs articulaires diffuses ou d’amaigrissement inexpliqué. Le médecin traitant reste cependant prudent : une CRP élevée ne signifie pas forcément qu’il faut des antibiotiques, et une VS modérément augmentée peut être liée à l’âge, au sexe ou à d’autres facteurs. C’est l’interprétation clinique globale qui fait la différence, plus que le chiffre isolé.
Explorations hépatiques : transaminases ALAT, ASAT et gamma-GT
Le foie est au centre de nombreux processus métaboliques, et il peut être atteint longtemps avant que des symptômes n’apparaissent. C’est pourquoi les explorations hépatiques font partie des examens que le médecin généraliste prescrit fréquemment, notamment les dosages d’ALAT, d’ASAT et de gamma‑GT. Ces enzymes hépatiques sont de précieux indicateurs : leur élévation signale un souffrance du foie, sans toutefois en préciser toujours la cause.
Les transaminases ALAT et ASAT augmentent en cas d’hépatite virale, de stéatose hépatique (foie gras), de toxicité médicamenteuse ou encore de consommation excessive d’alcool. Les gamma‑GT sont particulièrement sensibles aux atteintes liées à l’alcool et à certains médicaments, mais peuvent aussi être augmentées dans les cholestases ou le syndrome métabolique. En pratique, le médecin traitant demande souvent ce bilan hépatique en même temps qu’un bilan lipidique ou qu’une glycémie, surtout en présence de surpoids, de diabète ou de prise de médicaments potentiellement hépatotoxiques.
Face à une anomalie modérée et isolée, le généraliste peut commencer par répéter le dosage, ajuster les traitements, conseiller la diminution de l’alcool ou la perte de poids, puis contrôler l’évolution. En cas d’élévations importantes ou persistantes, il oriente vers un hépatologue ou un gastro‑entérologue pour des explorations plus poussées (échographie, sérologies virales, biopsie hépatique). Le pouvoir de prescription directe permet donc de ne pas « passer à côté » d’une maladie du foie encore silencieuse.
Analyses urinaires : ECBU et bandelette urinaire
Les analyses d’urines, en particulier la bandelette urinaire et l’examen cytobactériologique des urines (ECBU), font également partie des examens que le médecin généraliste peut prescrire ou réaliser sans avis spécialisé. La bandelette urinaire, parfois effectuée directement au cabinet, permet une première orientation rapide : présence de leucocytes, de nitrites (en faveur d’une infection urinaire), de protéines, de sang ou encore de glucose.
L’ECBU, réalisé en laboratoire, confirme la présence d’une infection urinaire (cystite, pyélonéphrite), identifie le germe en cause et teste sa sensibilité aux antibiotiques. C’est un outil indispensable pour adapter le traitement, surtout chez la femme enceinte, la personne âgée ou en cas de récidives. Mais l’ECBU ne sert pas qu’aux infections : il participe aussi au dépistage d’une maladie rénale chronique, d’une hématurie inexpliquée, ou encore à la surveillance du diabète et de l’hypertension artérielle.
Dans le cadre d’un check‑up médical complet, la bandelette urinaire et l’ECBU peuvent être associés à un dosage de créatininémie et à un bilan sanguin général. Ils offrent une vision complémentaire de la fonction rénale et des voies urinaires. Ici encore, le généraliste joue un rôle central : c’est lui qui choisit quand ces examens s’imposent, qui en explique la préparation (recueil des urines, délai avant analyse) et qui interprète les résultats, en décidant ou non d’une orientation vers un urologue ou un néphrologue.
Examens d’imagerie médicale accessibles sans référence spécialisée
Contrairement à une idée reçue, il n’est pas toujours nécessaire de consulter un spécialiste pour bénéficier d’un examen d’imagerie médicale. Le médecin traitant peut prescrire directement un grand nombre d’examens, dès lors qu’ils sont justifiés sur le plan clinique et qu’ils figurent dans la nomenclature des actes remboursables. Radiographies, échographies, voire certains scanners font ainsi partie de son arsenal diagnostique de première intention.
Cette possibilité ne signifie pas pour autant qu’il faille « multiplier les radios » à la moindre douleur. Le principe reste celui de la pertinence des examens complémentaires : l’imagerie doit répondre à une question précise que se pose le médecin, après examen clinique. C’est un peu comme allumer une lampe torche dans une pièce sombre : il faut d’abord savoir où l’on veut regarder pour que la lumière soit vraiment utile.
Radiographies conventionnelles : thorax, rachis et membres
Les radiographies standards figurent parmi les examens d’imagerie les plus anciens et les plus accessibles. Le médecin généraliste peut prescrire sans difficulté une radiographie du thorax, du rachis (colonne vertébrale) ou des membres (genou, cheville, épaule, main, etc.). Ces examens restent d’ailleurs des incontournables pour évaluer une douleur aiguë après un traumatisme, un essoufflement inhabituel ou des douleurs chroniques articulaires.
La radiographie du thorax, par exemple, permet de rechercher une pneumonie, un épanchement pleural, une cardiomégalie ou certaines anomalies pulmonaires chroniques. Dans le cadre d’une suspicion de lombalgie liée à une fracture ou à une pathologie dégénérative, la radiographie du rachis donne des informations sur la statique rachidienne, l’état des disques intervertébraux ou la présence de tassements vertébraux. Enfin, pour les membres, elle permet de confirmer ou d’éliminer une fracture, de visualiser une arthrose ou des calcifications tendineuses.
Le médecin traitant n’a pas besoin de l’aval d’un rhumatologue, d’un pneumologue ou d’un orthopédiste pour demander ces examens, tant que l’indication est claire. En revanche, il reste attentif au risque d’irradiation et n’ordonne pas de radiographies répétées sans raison valable. Il peut aussi s’appuyer sur le compte‑rendu du radiologue, qui joue un rôle de consultant à distance : lorsque les images sont complexes, ce dernier n’hésite pas à suggérer la suite du bilan, voire l’orientation vers un spécialiste.
Échographies abdominopelviennes et thyroïdiennes
L’échographie est un examen non irradiant, très utile en médecine générale, et que le médecin peut prescrire en première intention dans de nombreuses situations. L’échographie abdominopelvienne est fréquemment demandée pour explorer des douleurs abdominales, des troubles digestifs chroniques, une suspicion de calculs biliaires, de pathologie hépatique ou d’augmentation de volume des organes (foie, rate, reins). Elle intervient également dans l’évaluation de certaines anomalies gynécologiques ou urinaires.
En cas de symptômes urinaires, de douleurs lombaires ou de suspicion de colique néphrétique, l’échographie rénale et vésicale peut être prescrite par le généraliste pour rechercher des calculs, une dilatation des cavités rénales ou une rétention d’urines. De même, chez la femme, une échographie pelvienne permet d’explorer des douleurs pelviennes, des troubles des règles ou une suspicion de kyste ovarien. Dans le cadre de la grossesse, le suivi échographique est plutôt coordonné avec le gynécologue‑obstétricien, mais l’initiative de la prescription peut aussi venir du médecin traitant, en particulier au début du suivi.
L’échographie thyroïdienne, quant à elle, est souvent demandée lorsqu’une anomalie de la thyroïde est palpée (nodule, goitre) ou lorsqu’un bilan biologique (TSH, T3, T4) révèle un dysfonctionnement thyroïdien. Là encore, le généraliste peut prescrire cet examen sans avis préalable de l’endocrinologue. C’est ensuite la combinaison des données cliniques, biologiques et échographiques qui déterminera la nécessité d’adresser le patient à un spécialiste pour une prise en charge plus ciblée.
Mammographies de dépistage et de diagnostic
La mammographie occupe une place particulière car elle relève à la fois du dépistage organisé et du diagnostic individuel. Dans le cadre du dépistage organisé du cancer du sein, les femmes de 50 à 74 ans reçoivent tous les deux ans une invitation pour une mammographie prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie. Le médecin généraliste joue un rôle clé en rappelant l’importance de ce dépistage et en incitant ses patientes à y participer.
En dehors du programme organisé, le médecin traitant peut également prescrire une mammographie de diagnostic à tout âge, en cas de symptôme : nodule palpable, douleur mammaire inhabituelle, écoulement mamelonnaire, modification de la peau du sein, etc. Cette prescription peut être associée à une échographie mammaire, notamment chez les femmes jeunes ou lorsque la densité mammaire rend l’interprétation de la mammographie plus délicate. L’objectif est alors de clarifier une anomalie clinique avant d’envisager, si nécessaire, une biopsie ou un avis spécialisé.
Il est important de souligner que le généraliste ne se substitue pas au radiologue ni au cancérologue, mais intervient comme point d’entrée dans le parcours de soins. C’est lui qui décide quand l’imagerie mammaire est nécessaire, qui explique les enjeux à la patiente et qui organise la suite (contrôles, orientation vers un sénologue, prise de rendez‑vous rapide en cas de suspicion forte). Une mammographie anormale ne signifie pas toujours un cancer, et le rôle du médecin de famille est aussi de rassurer, d’expliquer et d’accompagner.
Scanner thoraco-abdomino-pelvien en urgence
Le scanner (ou tomodensitométrie) est un examen plus spécialisé, plus irradiant et plus coûteux qu’une simple radiographie ou échographie. Pour autant, le médecin généraliste peut en être à l’origine dans certaines circonstances, notamment en situation d’urgence ou de gravité potentielle. Le scanner thoraco‑abdomino‑pelvien est alors demandé pour répondre à une question précise : suspicion d’embolie pulmonaire, de dissection aortique, d’appendicite compliquée, de péritonite, de pancréatite sévère, etc.
Dans la pratique, cette prescription se fait souvent dans le cadre d’une orientation vers les urgences ou d’une collaboration étroite avec un service hospitalier. Le généraliste identifie les signes d’alerte (douleur thoracique aiguë, détresse respiratoire, abdomen « aigu », fièvre élevée avec altération de l’état général) et rédige une lettre adressée au service receveur, où le scanner sera réalisé. L’examen n’est donc pas « isolé », mais intégré dans un parcours de prise en charge rapide et coordonné.
Hors contexte d’urgence, le recours au scanner doit rester mesuré. Le médecin traitant peut toutefois le demander pour explorer certaines pathologies chroniques ou des douleurs inexpliquées, lorsqu’une radiographie ou une échographie n’ont pas apporté de réponse suffisante. Il doit alors peser soigneusement le bénéfice attendu et l’exposition aux rayonnements, en particulier chez les patients jeunes. En cas de doute, un échange avec le radiologue ou le recours à un avis spécialisé restent toujours possibles.
Explorations fonctionnelles prescrites par le médecin traitant
Au-delà des analyses biologiques et de l’imagerie, le médecin généraliste peut prescrire de nombreuses explorations fonctionnelles, c’est‑à‑dire des examens qui évaluent le fonctionnement d’un organe : cœur, poumons, système respiratoire à l’effort, sommeil, etc. Ces examens viennent confirmer ou préciser une hypothèse diagnostique formulée lors de l’anamnèse et de l’examen clinique. Ils permettent aussi d’assurer le suivi de maladies chroniques, sans devoir systématiquement passer par un spécialiste.
On peut les comparer à des « tests de mise en situation » : comment le cœur se comporte‑t‑il au repos ou à l’effort ? Comment les poumons ventilent‑ils l’air ? Que se passe‑t‑il pendant la nuit, lorsque le patient dort ? Grâce à ces outils, le généraliste dispose d’informations dynamiques et objectives qui complètent son évaluation clinique. Il peut ensuite décider seul d’adapter le traitement ou de solliciter l’avis d’un cardiologue, d’un pneumologue ou d’un spécialiste du sommeil.
Électrocardiogramme de repos et holter ECG
L’électrocardiogramme (ECG) de repos est un examen de base en cardiologie, mais il peut être prescrit – et parfois réalisé – par le médecin généraliste. En quelques minutes, il enregistre l’activité électrique du cœur et permet de détecter des anomalies du rythme (arythmies, fibrillation auriculaire), des troubles de conduction ou des séquelles d’infarctus. Dans de nombreux cabinets, le généraliste est équipé d’un appareil d’ECG, ce qui accélère considérablement le dépistage de ces pathologies.
L’ECG de repos est indiqué devant une douleur thoracique, une sensation de palpitations, des malaises, des vertiges ou un essoufflement inexpliqué. Il peut aussi être prescrit de façon systématique avant la mise en route de certains médicaments (par exemple ceux qui allongent l’intervalle QT) ou dans le cadre d’un bilan pré‑opératoire. Lorsque l’ECG révèle une anomalie, le médecin traitant décide soit d’une prise en charge immédiate, soit d’une orientation vers un cardiologue pour des investigations plus poussées.
Le Holter ECG est une variante de l’ECG, qui enregistre le rythme cardiaque en continu sur 24 heures (ou davantage). Le généraliste le prescrit lorsque les symptômes sont intermittents et n’apparaissent pas forcément pendant la consultation : palpitations épisodiques, malaises brefs, suspicion de pauses cardiaques. Là encore, l’examen peut être réalisé en ville, dans un cabinet de cardiologie ou un centre d’explorations fonctionnelles, sur la seule prescription du médecin traitant. Le compte‑rendu, interprété par le cardiologue, lui sera ensuite transmis pour adapter la conduite à tenir.
Spirométrie et explorations fonctionnelles respiratoires
La spirométrie est l’examen de référence pour évaluer la fonction respiratoire, en particulier dans le dépistage et le suivi de l’asthme et de la broncho‑pneumopathie chronique obstructive (BPCO). Le médecin généraliste peut la prescrire en première intention, dès qu’il suspecte une atteinte ventilatoire : toux chronique, sifflements respiratoires, essoufflement à l’effort, antécédents de tabagisme important, exposition professionnelle aux poussières ou fumées.
Concrètement, la spirométrie mesure les volumes d’air inspirés et expirés, ainsi que les débits respiratoires. Elle se déroule dans un cabinet de pneumologie ou dans un centre d’explorations fonctionnelles respiratoires, parfois même chez des généralistes équipés. Les résultats permettent d’objectiver un trouble obstructif (comme dans l’asthme ou la BPCO) ou restrictif, d’évaluer la sévérité de la maladie et de suivre l’efficacité des traitements. Vous l’aurez compris : sans ce test, le diagnostic reste souvent approximatif.
En cas d’anomalies significatives, le médecin traitant peut d’emblée adapter le traitement (bronchodilatateurs, corticoïdes inhalés, sevrage tabagique accompagné) ou adresser son patient à un pneumologue pour une prise en charge plus fine. La spirométrie s’inscrit ainsi pleinement dans le cadre des examens de surveillance chronique des maladies respiratoires, que le généraliste coordonne sur le long terme.
Tests d’effort cardiorespiratoires
Les tests d’effort cardiorespiratoires consistent à enregistrer l’activité cardiaque et parfois la fonction respiratoire pendant un effort progressif, généralement sur tapis roulant ou vélo ergométrique. Le médecin généraliste peut les prescrire dans plusieurs situations : évaluation d’une douleur thoracique d’effort, bilan de dyspnée inexpliquée, suivi après infarctus du myocarde, ou encore pour autoriser la pratique de certains sports à risque chez des patients présentant des facteurs de risque cardiovasculaire.
Ce type d’examen est réalisé dans des services de cardiologie ou de médecine du sport, mais la demande initiale vient très souvent du médecin traitant. Les résultats permettent de rechercher une ischémie myocardique à l’effort (manque d’oxygène au niveau du cœur), des troubles du rythme induits par l’effort, ou encore de quantifier la capacité d’endurance. Chez les patients déjà suivis pour insuffisance cardiaque ou maladie coronaire, le test d’effort aide à adapter le niveau d’activité physique autorisé et les objectifs de réadaptation cardiaque.
Il ne s’agit pas d’un examen de dépistage systématique, mais d’un outil ciblé, utilisé lorsque la clinique laisse planer un doute. Vous vous demandez si un test d’effort est nécessaire pour reprendre la course à pied après 50 ans ? C’est justement le rôle du généraliste d’apprécier votre profil de risque et de décider ou non de cette prescription, en coordination avec le cardiologue si besoin.
Polysomnographie pour troubles du sommeil
La polysomnographie est l’examen de référence pour explorer les troubles du sommeil, notamment le syndrome d’apnées‑hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS). Elle enregistre, pendant une nuit entière, de nombreux paramètres : activité cérébrale (EEG), mouvements oculaires, tonus musculaire, flux respiratoire, mouvements thoraco‑abdominaux, saturation en oxygène, parfois vidéo. Le médecin généraliste peut prescrire directement une polysomnographie lorsqu’il suspecte un trouble du sommeil significatif.
Les motifs de suspicion sont variés : ronflements importants, pauses respiratoires rapportées par le conjoint, somnolence diurne excessive, maux de tête matinaux, hypertension artérielle difficile à contrôler, surpoids important. Dans ces situations, continuer à ignorer le problème reviendrait à laisser évoluer un facteur de risque majeur de maladies cardiovasculaires et métaboliques. La prescription de polysomnographie, réalisée en laboratoire du sommeil ou parfois à domicile (polygraphie ventilatoire), est donc pleinement à la portée du généraliste.
Une fois les résultats obtenus, l’interprétation est faite par un spécialiste du sommeil (pneumologue, neurologue, ORL selon les centres). Le compte‑rendu revient ensuite au médecin traitant, qui coordonne la mise en place des traitements (pression positive continue, orthèse, mesures hygiéno‑diététiques) et le suivi à long terme. On voit bien ici le rôle pivot du généraliste, qui détecte la plainte initiale, oriente vers le bon examen, puis accompagne le patient dans la durée.
Dépistages préventifs et examens de surveillance chronique
La prévention et le suivi des maladies chroniques constituent aujourd’hui une part majeure de l’activité en médecine générale. Le médecin traitant n’est pas seulement là pour « soigner quand ça va mal », mais aussi pour dépister tôt et surveiller au long cours. Pour cela, il dispose de nombreux examens qu’il peut prescrire sans intervention d’un spécialiste : bilans de santé périodiques, dépistages organisés des cancers, contrôles biologiques réguliers chez les patients à risque, etc.
On peut citer, parmi ces examens préventifs, la glycémie à jeun et l’HbA1c pour le dépistage du diabète de type 2, le bilan lipidique pour l’évaluation du risque cardiovasculaire, ou encore la mesure de la tension artérielle et la recherche de micro‑albuminurie pour identifier une hypertension artérielle compliquée. Ces examens sont souvent regroupés dans un check‑up complet à partir de 40 ou 45 ans, puis répétés à intervalles de 1 à 3 ans selon le profil de chaque patient.
Le médecin généraliste est également au cœur des programmes nationaux de dépistage des cancers : envoi de la lettre pour le test immunologique de dépistage du cancer colorectal (recherche de sang dans les selles dès 50 ans), rappel des mammographies de dépistage du cancer du sein pour les femmes de 50 à 74 ans, orientation pour le frottis cervico‑utérin ou le test HPV dans le cadre du dépistage du cancer du col de l’utérus. Il peut, en fonction de l’histoire familiale ou des facteurs de risque, proposer ces examens plus tôt ou plus fréquemment.
Chez les patients déjà atteints de maladies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, maladie coronaire, BPCO…), le généraliste coordonne un véritable calendrier de surveillance : dosages trimestriels ou semestriels (HbA1c, créatininémie, bilan hépatique, bilan lipidique), examens annuels (fond d’œil, ECG, échographie cardiaque, examen dentaire, examen des pieds), vaccins, etc. Ce suivi régulier permet de dépister rapidement les complications et d’adapter les traitements avant que la situation ne se dégrade.
Cette dimension préventive montre bien que « quels examens un médecin peut-il prescrire » ne se limite pas aux examens en cas de symptômes. Une grande partie de ces prescriptions vise au contraire des personnes qui se sentent en bonne santé, mais que l’on souhaite protéger des maladies silencieuses. C’est tout l’enjeu d’une médecine moderne, centrée sur la prévention autant que sur le curatif.
Cadre réglementaire et nomenclature des actes médicaux NGAP
La liberté de prescription du médecin généraliste ne signifie pas absence de règles. Elle s’inscrit dans un cadre précis, celui de la Nomenclature Générale des Actes Professionnels (NGAP) et de la Classification Commune des Actes Médicaux (CCAM) pour l’imagerie et les actes techniques. Ces référentiels définissent quels examens sont remboursables, à quelles conditions, avec quels codes et quels niveaux de prise en charge par l’Assurance maladie.
Concrètement, lorsqu’il prescrit un examen (analyse sanguine, radiographie, échographie, scanner, exploration fonctionnelle), le médecin traitant doit veiller à ce que l’indication soit justifiée sur le plan médical et conforme aux recommandations en vigueur. C’est ce qui permet de garantir la pertinence des soins, d’éviter les examens redondants ou inutiles, et de préserver l’équilibre économique du système de santé. Certaines situations, comme la prescription de scanners répétés ou d’IRM, font d’ailleurs l’objet de recommandations spécifiques pour limiter les abus.
La NGAP encadre également la tarification des consultations, y compris lorsqu’elles sont plus complexes (consultation de suivi de maladie chronique, consultation de prévention à certains âges, consultation longue après 80 ans, etc.). Ces différents niveaux de consultation reflètent la diversité des situations rencontrées et le temps nécessaire pour les prendre en charge correctement. Sur cette base, le médecin traitant peut, par exemple, consacrer plus de temps aux bilans de santé périodiques ou aux consultations d’annonce de maladie, sans être pénalisé financièrement.
Enfin, le respect du parcours de soins coordonnés reste un principe central : pour consulter la plupart des spécialistes (cardiologue, dermatologue, ORL, pneumologue, allergologue…), il est recommandé de passer d’abord par le médecin traitant sous peine de voir le taux de remboursement diminuer. Cette organisation vise à faire du généraliste le chef d’orchestre du parcours de soins, celui qui décide quand un examen ou un avis spécialisé s’impose. C’est aussi ce qui lui confère cette large capacité à prescrire directement une grande variété d’examens complémentaires, pour peu que l’indication soit claire et justifiée.
