Perte soudaine de poids : quelles maladies peuvent être en cause ?

La perte de poids involontaire représente un signal d’alarme qui ne doit jamais être pris à la légère. Lorsque vous constatez une diminution significative de votre poids corporel sans avoir modifié votre alimentation ni augmenté votre activité physique, il est essentiel de consulter rapidement un professionnel de santé. Cette manifestation clinique peut révéler des pathologies variées, allant de troubles hormonaux bénins à des affections néoplasiques graves. Comprendre les mécanismes sous-jacents à cet amaigrissement inexpliqué permet d’orienter le diagnostic et d’instaurer un traitement adapté dans les meilleurs délais.

Les professionnels de santé considèrent qu’une perte pondérale devient préoccupante lorsqu’elle dépasse 5% du poids corporel en six mois ou 10% en un an. Cette définition, largement acceptée dans la communauté médicale, permet de distinguer les fluctuations normales des situations pathologiques nécessitant une investigation approfondie. Face à un tel tableau clinique, le médecin doit explorer systématiquement plusieurs pistes diagnostiques, en s’appuyant sur l’interrogatoire, l’examen clinique et des examens complémentaires ciblés.

Hyperthyroïdie et dysfonctionnements de la glande thyroïdienne provoquant l’amaigrissement

Les troubles de la fonction thyroïdienne figurent parmi les causes endocriniennes les plus fréquentes de perte de poids inexpliquée. La glande thyroïde, située à la base du cou, joue un rôle central dans la régulation du métabolisme basal. Lorsqu’elle produit un excès d’hormones thyroïdiennes, l’ensemble des processus métaboliques s’accélère, entraînant une consommation énergétique excessive qui peut se traduire par un amaigrissement progressif malgré un appétit souvent conservé, voire augmenté.

Maladie de basedow : mécanisme auto-immun et hyperactivité métabolique

La maladie de Basedow représente la forme la plus courante d’hyperthyroïdie, touchant préférentiellement les femmes entre 20 et 40 ans. Cette affection auto-immune se caractérise par la production d’anticorps dirigés contre les récepteurs de la TSH (thyréostimuline), qui stimulent de manière inappropriée la glande thyroïdienne. Les patients atteints présentent typiquement une triade clinique associant goitre diffus, exophtalmie (saillie anormale des globes oculaires) et manifestations d’hypermétabolisme. La perte de poids survient dans ce contexte d’accélération métabolique, accompagnée de nervosité, de tachycardie, de tremblements fins des extrémités et d’une thermophobie marquée.

Goitre toxique multinodulaire et adénome thyroïdien toxique

D’autres formes d’hyperthyroïdie peuvent également provoquer un amaigrissement significatif. Le goitre multinodulaire toxique, également appelé maladie de Plummer, se développe généralement chez les personnes plus âgées présentant un goitre de longue date. Contrairement à la maladie de Basedow, cette pathologie ne s’accompagne pas d’exophtalmie et résulte de la transformation autonome de certains nodules thyroïdiens qui échappent aux mécanismes de régulation habituels. L’adénome toxique, quant à lui, correspond à un nodule unique hypersécrétant qui provoque une hyperthyroïdie isol

aire. Dans les deux cas, l’excès d’hormones thyroïdiennes entraîne une perte de poids progressive, souvent associée à une intolérance à la chaleur, des palpitations, une fatigue musculaire et parfois des troubles du sommeil. Chez les personnes âgées, les signes peuvent être plus discrets (amaigrissement, asthénie, troubles du rythme cardiaque) et faire passer l’hyperthyroïdie au second plan si l’on n’y pense pas.

Thyrotoxicose : manifestations cliniques et dépense énergétique accrue

On parle de thyrotoxicose pour désigner l’ensemble des manifestations cliniques liées à un excès d’hormones thyroïdiennes, quelle qu’en soit la cause. Sur le plan métabolique, cet excès se traduit par une augmentation de la dépense énergétique de repos, comparable à un moteur qui tournerait en surrégime en permanence. Le corps consomme plus de calories qu’il n’en reçoit, ce qui induit une perte de poids parfois rapide, malgré une alimentation conservée, voire supérieure à la normale.

Cliniquement, la thyrotoxicose associe souvent amaigrissement, tachycardie, nervosité, irritabilité, hypersudation et hypersensibilité à la chaleur. Vous pouvez également constater des selles plus fréquentes, une fonte musculaire, un essoufflement inhabituel à l’effort ou des troubles du cycle menstruel. Chez certains patients, ces signes sont attribués à tort au stress ou au vieillissement, retardant ainsi le diagnostic de la maladie thyroïdienne responsable.

Dosage de la TSH et des hormones T3-T4 pour le diagnostic différentiel

Le diagnostic d’hyperthyroïdie repose principalement sur un simple bilan sanguin. Le premier marqueur étudié est la TSH (thyréostimuline), hormone hypophysaire qui régule la sécrétion thyroïdienne. En cas d’hyperthyroïdie, la TSH est typiquement effondrée, signe que l’hypophyse tente de freiner une thyroïde devenue hyperactive. En parallèle, les dosages des hormones libres T3 et T4 montrent des valeurs élevées, confirmant l’état de thyrotoxicose.

Selon le contexte clinique (présence de goitre, d’exophtalmie, antécédents, âge), des examens complémentaires peuvent être demandés : échographie thyroïdienne, scintigraphie, dosage d’anticorps anti-récepteurs de la TSH. Ces investigations permettent de distinguer maladie de Basedow, goitre multinodulaire toxique et adénome toxique, afin d’adapter le traitement (antithyroïdiens de synthèse, iode radioactif, chirurgie). Une prise en charge rapide limite le risque de complications cardiovasculaires et permet de stabiliser le poids.

Pathologies gastro-intestinales responsables de malabsorption et cachexie

Les maladies du tube digestif constituent une autre grande famille de causes de perte de poids soudaine ou progressive. Dans ces situations, l’amaigrissement n’est pas lié à une diminution volontaire des apports, mais à une mauvaise digestion ou à une mauvaise absorption des nutriments. Autrement dit, vous mangez normalement, mais votre intestin n’assimile plus correctement protéines, graisses, sucres ou vitamines, ce qui conduit à une dénutrition insidieuse.

On parle alors de syndrome de malabsorption, qui peut s’accompagner de diarrhées chroniques, de ballonnements, de douleurs abdominales ou, parfois, de simples troubles digestifs discrets. Lorsque ce phénomène se prolonge, le corps puise dans ses réserves, entraînant une fonte musculaire, une fatigue marquée et une augmentation du risque d’infections. Identifier précocement ces pathologies digestives permet de mettre en place un régime adapté et un traitement spécifique afin de stabiliser la perte de poids.

Maladie cœliaque : atrophie villositaire et intolérance au gluten

La maladie cœliaque est une entéropathie auto-immune déclenchée par l’ingestion de gluten chez des personnes génétiquement prédisposées. Le gluten, présent notamment dans le blé, l’orge et le seigle, induit une réaction inflammatoire chronique de la muqueuse de l’intestin grêle. Progressivement, les villosités intestinales, véritables « doigts » chargés d’absorber les nutriments, s’atrophient, réduisant considérablement la surface d’échange et donc l’absorption.

Cette atrophie villositaire entraîne un amaigrissement progressif, souvent associé à des diarrhées chroniques, des ballonnements, des douleurs abdominales et des carences multiples (fer, folates, vitamine B12, calcium). Chez l’adulte, la maladie cœliaque peut être trompeuse et se manifester surtout par une fatigue inexpliquée, une ostéoporose précoce ou une anémie résistante au traitement. Le diagnostic repose sur un dosage des anticorps spécifiques (anti-transglutaminase, anti-endomysium) et une biopsie duodénale. Le traitement de référence est un régime strict sans gluten, qui permet le plus souvent une reprise pondérale progressive.

Maladie de crohn et rectocolite hémorragique : inflammation chronique intestinale

La maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique font partie des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Elles se caractérisent par une inflammation persistante du tube digestif, pouvant toucher tout le tractus digestif dans la maladie de Crohn, ou limitée au côlon et au rectum dans la rectocolite hémorragique. Cette inflammation chronique perturbe la digestion, provoque des douleurs abdominales, des diarrhées parfois sanglantes et une fatigue importante.

La perte de poids dans les MICI est multifactorielle : diminution de l’appétit liée aux douleurs et aux diarrhées, malabsorption des nutriments sur les zones inflammatoires, augmentation des besoins énergétiques due à l’inflammation systémique. Lors des poussées, certains patients sont contraints de réduire spontanément leurs prises alimentaires, de peur de déclencher des symptômes, ce qui aggrave encore la dénutrition. Une prise en charge spécialisée, associant traitements anti-inflammatoires, immunosuppresseurs, parfois biothérapies et conseils nutritionnels, est indispensable pour limiter les complications et stabiliser le poids.

Insuffisance pancréatique exocrine et pancréatite chronique

Le pancréas joue un rôle central dans la digestion grâce à ses sécrétions exocrines (enzymes digestives). Dans l’insuffisance pancréatique exocrine, ces enzymes sont produites en quantité insuffisante, ce qui compromet la dégradation des graisses, des protéines et des glucides. Résultat : les aliments sont mal digérés, les graisses se retrouvent en excès dans les selles (stéatorrhée) et la perte de poids s’installe, parfois très rapidement.

La cause la plus fréquente d’insuffisance pancréatique exocrine est la pancréatite chronique, souvent liée à une consommation excessive d’alcool ou à des causes génétiques. Les patients décrivent des douleurs abdominales récurrentes, des selles volumineuses, grasses et malodorantes, et une fatigue liée à la dénutrition. Le diagnostic repose sur des tests fonctionnels pancréatiques, l’analyse des graisses dans les selles et l’imagerie (scanner, IRM, écho-endoscopie). Le traitement associe un sevrage alcoolique, une alimentation fractionnée et la prise d’extraits pancréatiques sous forme de gélules, permettant une meilleure digestion et une stabilisation de la perte de poids.

Syndrome de malabsorption par pullulation bactérienne du grêle

Le syndrome de pullulation microbienne du grêle (ou SIBO pour Small Intestinal Bacterial Overgrowth) correspond à une colonisation excessive de l’intestin grêle par des bactéries habituellement cantonnées au côlon. Ces bactéries consomment une partie des nutriments avant qu’ils ne soient absorbés, produisent des gaz en grande quantité et altèrent la muqueuse intestinale. À la clé : ballonnements postprandiaux, diarrhées ou alternance diarrhée-constipation, douleurs abdominales et parfois amaigrissement.

Ce trouble survient souvent sur un terrain particulier : chirurgie digestive ancienne, troubles de la motricité intestinale, diabète compliqué de neuropathie, sclérodermie, etc. Le diagnostic est évoqué devant l’association de symptômes digestifs chroniques et de perte de poids, puis confirmé par un test respiratoire à l’hydrogène ou au méthane. Le traitement repose sur des cures d’antibiotiques ciblés, parfois associés à des probiotiques et à des adaptations alimentaires. Corriger cette pullulation bactérienne permet souvent une amélioration nette des symptômes et une reprise pondérale.

Néoplasies malignes et syndromes paranéoplasiques induisant la dénutrition

Les cancers représentent l’une des causes les plus redoutées de perte de poids inexpliquée. Dans de nombreuses néoplasies malignes, l’amaigrissement est un symptôme précoce ou concomitant, parfois avant même l’apparition de douleurs ou de signes fonctionnels. La tumeur détourne une partie de l’énergie disponible, provoque une inflammation chronique et sécrète des substances (cytokines, facteurs de nécrose tumorale) qui modifient le métabolisme et réduisent l’appétit.

On parle de cachexie néoplasique lorsque la perte de poids est majeure, associée à une fonte musculaire et à une faiblesse généralisée, indépendamment des apports alimentaires. Cette situation ne signifie pas systématiquement un cancer avancé, mais doit faire rechercher activement une pathologie maligne, surtout en présence de symptômes associés (douleurs, toux, troubles digestifs, sueurs nocturnes). Une prise en charge précoce améliore non seulement le pronostic, mais aussi la qualité de vie.

Adénocarcinome pancréatique : perte pondérale précoce et ictère

L’adénocarcinome du pancréas est tristement connu pour son diagnostic souvent tardif et son pronostic réservé. L’un de ses premiers signes peut être une perte de poids rapide et inexpliquée, parfois associée à des douleurs abdominales vagues irradiant vers le dos et à une fatigue importante. Lorsque la tumeur siège au niveau de la tête du pancréas, elle peut comprimer les voies biliaires et entraîner un ictère obstructif : coloration jaune de la peau et des yeux, urines foncées, selles décolorées.

La combinaison d’un amaigrissement, de douleurs abdominales persistantes, de troubles digestifs (nausées, perte d’appétit) et éventuellement d’un ictère doit inciter à consulter sans délai. Le bilan repose sur un scanner abdominal, complété si besoin par une IRM ou une écho-endoscopie. Même si tous les amaigrissements ne traduisent pas un cancer du pancréas, ce diagnostic doit être envisagé chez l’adulte de plus de 50 ans présentant ces symptômes, en particulier en cas de tabagisme ou d’antécédents familiaux.

Cancer gastrique et œsophagien : dysphagie et anorexie secondaire

Les cancers de l’œsophage et de l’estomac provoquent souvent une perte de poids progressive, liée à la fois à une diminution des apports et à l’hypermétabolisme tumoral. Le symptôme d’alerte typique du cancer de l’œsophage est la dysphagie, c’est-à-dire une difficulté à avaler, d’abord pour les aliments solides puis pour les liquides. Le patient mange moins, évite certains aliments, allonge la durée des repas et finit par perdre du poids de façon marquée.

Dans le cancer gastrique, l’anorexie (perte d’appétit), les nausées, une sensation de satiété précoce (« estomac vite rempli ») et des douleurs épigastriques peuvent limiter les prises alimentaires. Parfois, des signes plus discrets, comme une anémie ferriprive ou une fatigue persistante, précèdent la perte de poids. L’endoscopie digestive haute avec biopsies est l’examen clé du diagnostic. Devant toute perte de poids associée à des troubles de la déglutition, des douleurs gastriques récentes ou des vomissements répétés, une consultation rapide s’impose.

Lymphomes non hodgkiniens et leucémies : hypermétabolisme tumoral

Les hémopathies malignes (lymphomes, leucémies) s’accompagnent fréquemment d’un amaigrissement involontaire. Le lymphome non hodgkinien se manifeste souvent par une augmentation de volume des ganglions (adénopathies), une fatigue importante, des sueurs nocturnes, de la fièvre et une perte de poids supérieure à 10 % en quelques mois. Ces symptômes généraux, appelés « signes B », traduisent l’activité tumorale et l’hypermétabolisme de l’organisme.

Les leucémies aiguës ou chroniques peuvent également s’accompagner de perte de poids, d’infections à répétition, d’hématomes spontanés, de pâleur et d’essoufflement à l’effort. L’hémogramme (prise de sang avec numération-formule sanguine) permet souvent de repérer des anomalies évocatrices (anémie, excès ou déficit de globules blancs, thrombopénie). Un diagnostic précoce permet d’initier rapidement une prise en charge en hématologie, avec des traitements de plus en plus efficaces.

Métastases hépatiques et cachexie néoplasique par cytokinémie

Le foie est un organe central du métabolisme et une localisation fréquente de métastases dans de nombreux cancers (côlon, sein, poumon, pancréas). Lorsque le parenchyme hépatique est envahi par des lésions secondaires, sa capacité à stocker et transformer les nutriments se trouve altérée. Associée à la sécrétion de cytokines pro-inflammatoires par la tumeur, cette situation favorise la cachexie néoplasique : une perte de poids importante, avec fonte musculaire et grande faiblesse.

Cliniquement, la présence de métastases hépatiques peut se traduire par une fatigue croissante, un amaigrissement, une diminution de l’appétit, parfois un ictère, des douleurs de l’hypochondre droit ou une augmentation du volume abdominal. Le diagnostic repose sur l’imagerie (échographie, scanner, IRM) et les marqueurs tumoraux sériques selon le type de cancer suspecté. La prise en charge vise à traiter la tumeur primitive et ses métastases, mais aussi à soutenir l’état nutritionnel grâce à un accompagnement diététique spécialisé.

Diabète sucré de type 1 et complications métaboliques sévères

Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune qui touche principalement l’enfant, l’adolescent et l’adulte jeune. Parmi ses signes révélateurs, la perte de poids rapide tient une place centrale, parfois spectaculaire, malgré un appétit conservé ou même augmenté. Vous mangez davantage, mais vous maigrissez : ce paradoxe doit toujours faire penser à un diabète débutant, surtout s’il s’accompagne d’une soif intense et d’envies fréquentes d’uriner.

Dans ce type de diabète, l’organisme ne dispose plus de suffisamment d’insuline pour utiliser le glucose sanguin comme source principale d’énergie. Le sucre s’accumule dans le sang (hyperglycémie) et est éliminé en partie dans les urines, tandis que le corps se met à brûler ses réserves de graisses et de protéines pour continuer à fonctionner. Ce dérèglement métabolique profond explique l’amaigrissement et la fatigue marquée.

Carence absolue en insuline et catabolisme protéino-lipidique

Dans le diabète de type 1, la destruction auto-immune des cellules bêta du pancréas entraîne une carence absolue en insuline. Or, cette hormone est indispensable pour faire entrer le glucose dans les cellules et y produire de l’énergie. Privées de cette « clé », les cellules se retrouvent en situation de famine, alors même que le sang est surchargé de sucre. Pour compenser, l’organisme active des mécanismes de survie en dégradant les réserves de graisses (lipolyse) et les protéines musculaires (protéolyse).

Ce catabolisme protéino-lipidique conduit rapidement à une perte de poids, une fonte musculaire et une fatigue profonde. Le patient peut se plaindre de douleurs musculaires, de crampes, d’une diminution de la force et d’une réduction de la tolérance à l’effort. Seule l’administration d’insuline, adaptée par un diabétologue, permet de corriger durablement ce mécanisme, de normaliser la glycémie et de stabiliser le poids.

Polyurie osmotique et déshydratation chronique diabétique

Quand la glycémie dépasse un certain seuil, les reins ne parviennent plus à réabsorber tout le glucose filtré : on parle de glycosurie. Le sucre présent dans les urines agit alors comme un « aimant à eau » et entraîne avec lui de grandes quantités de liquide, responsable d’une polyurie osmotique (urines abondantes). Pour compenser ces pertes, le patient boit beaucoup (polydipsie), parfois plusieurs litres par jour, mais reste néanmoins souvent déshydraté.

Cette déshydratation chronique contribue à la perte de poids et accentue la sensation de fatigue, de bouche sèche, de crampes et de maux de tête. Si vous constatez une association de soif intense, d’envies fréquentes d’uriner, d’amaigrissement rapide et de vision trouble, il est impératif de consulter en urgence. Un simple dosage de la glycémie capillaire ou veineuse permet de confirmer ou d’éliminer l’hypothèse d’un diabète déséquilibré.

Acidocétose diabétique : décompensation métabolique aiguë

En l’absence de prise en charge, le diabète de type 1 peut évoluer vers une complication grave : l’acidocétose diabétique. Faute d’insuline, l’organisme produit des corps cétoniques en grande quantité à partir des graisses, pour tenter de fournir de l’énergie aux cellules. Ces corps cétoniques acidifient le sang et perturbent l’équilibre acido-basique, ce qui constitue une urgence médicale. L’acidocétose se manifeste par des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales, une haleine fruitée, une respiration rapide et profonde, une grande somnolence.

L’amaigrissement y est souvent marqué, survenant sur plusieurs semaines ou mois avant la décompensation aiguë. Si vous ou un proche présentez ce type de tableau, une prise en charge hospitalière immédiate est nécessaire pour corriger la déshydratation, l’acidose et l’hyperglycémie. Un traitement insulinique bien conduit par la suite permet la plupart du temps une reprise progressive du poids et de la masse musculaire.

Pathologies infectieuses chroniques et maladies systémiques évolutives

Certaines infections évoluant sur un mode chronique peuvent également se manifester par une perte de poids insidieuse. Dans ces situations, l’organisme est en permanence mobilisé pour lutter contre l’agent infectieux, ce qui augmente ses besoins énergétiques de base, un peu comme une « fièvre de bas grade » qui ne s’éteint jamais complètement. Parallèlement, la fatigue, la fièvre et les symptômes associés réduisent souvent l’appétit.

Les maladies infectieuses chroniques, comme la tuberculose, l’infection par le VIH ou certaines parasitoses, doivent être évoquées devant un syndrome de consomption associant amaigrissement, fièvre prolongée, sueurs nocturnes et altération de l’état général. Un bilan infectieux ciblé, réalisé par un médecin généraliste ou un infectiologue, permet d’en préciser la cause et d’instaurer un traitement adapté.

Tuberculose pulmonaire et extrapulmonaire : syndrome de consomption

La tuberculose est une infection due au bacille de Koch (Mycobacterium tuberculosis), qui touche le plus souvent les poumons mais peut atteindre de nombreux organes (ganglions, os, reins, système nerveux). Dans sa forme pulmonaire, elle se manifeste classiquement par une toux persistante, parfois productive, des douleurs thoraciques, une fièvre modérée et des sueurs nocturnes. L’amaigrissement progressif, parfois très important, est un élément clé du tableau clinique.

On parle de syndrome de consomption pour désigner cet ensemble de symptômes généraux : perte de poids, fatigue, fièvre prolongée, sueurs nocturnes et altération de l’état général. Le diagnostic repose sur la radiographie thoracique, l’analyse des expectorations (recherche du bacille de Koch) et des tests immunologiques. Le traitement associe plusieurs antibiotiques spécifiques (antituberculeux) sur une durée de six mois ou plus. Une fois la maladie contrôlée, l’appétit revient et le poids se stabilise progressivement.

Infection par le VIH et syndrome de wasting du SIDA

L’infection par le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) peut rester silencieuse pendant des années, mais elle s’accompagne souvent, à un stade avancé, d’une perte de poids involontaire. Ce syndrome de wasting (ou cachexie du SIDA) correspond à une perte de plus de 10 % du poids corporel, associée à une diarrhée chronique, une fièvre ou une asthénie d’au moins un mois. Il est lié à l’infection elle-même, aux infections opportunistes et parfois aux effets secondaires de certains traitements.

Une perte de poids inexpliquée, associée à des infections répétées, des ganglions persistants, des sueurs nocturnes et une fatigue intense, doit conduire à discuter avec son médecin la réalisation d’un test de dépistage du VIH. Aujourd’hui, les traitements antirétroviraux permettent un contrôle durable du virus, une amélioration notable de l’état général et une prévention du syndrome de wasting, à condition d’être initiés suffisamment tôt.

Endocardite bactérienne subaiguë et fièvre prolongée inexpliquée

L’endocardite infectieuse est une infection des valves cardiaques, souvent d’origine bactérienne, qui peut évoluer sur un mode aigu ou subaigu. Dans sa forme subaiguë, elle se manifeste par une fièvre modérée mais prolongée, une grande fatigue, des douleurs musculaires ou articulaires et un amaigrissement progressif. Le patient décrit parfois une sensation de malaise général, sans symptôme localisé évident, ce qui complique le diagnostic.

La persistance d’une fièvre inexpliquée pendant plus de deux semaines, associée à une perte de poids et à des sueurs nocturnes, doit faire évoquer cette pathologie, en particulier chez les personnes porteuses de prothèses valvulaires, de valvulopathies connues ou de drogues injectables. Le diagnostic repose sur l’échocardiographie et des hémocultures répétées. Un traitement antibiotique prolongé, parfois associé à une chirurgie cardiaque, permet généralement de contrôler l’infection et de restaurer progressivement l’état nutritionnel.

Parasitoses intestinales chroniques : giardiase et strongyloïdose

Les parasitoses intestinales, comme la giardiase ou la strongyloïdose, sont plus fréquentes dans certaines régions du monde, mais peuvent être rencontrées chez toute personne ayant voyagé ou vécu en zone d’endémie. La giardiase, due au parasite Giardia duodenalis, provoque des diarrhées chroniques, des ballonnements, des douleurs abdominales et une malabsorption des graisses. Chez l’adulte comme chez l’enfant, elle peut entraîner une perte de poids progressive et des carences vitaminiques.

La strongyloïdose, causée par le ver Strongyloides stercoralis, peut rester silencieuse pendant des années avant de se manifester par des douleurs abdominales, des diarrhées, une urticaire récidivante et un amaigrissement. Le diagnostic de ces parasitoses repose sur l’examen parasitologique des selles, parfois répété, et des tests sérologiques. Un traitement antiparasitaire adapté permet le plus souvent une guérison complète et une reprise pondérale.

Troubles psychiatriques et endocriniens à l’origine d’anorexie pathologique

La perte de poids soudaine n’est pas uniquement liée à des maladies organiques. Les troubles psychiatriques et certains dysfonctionnements endocriniens peuvent également provoquer une diminution marquée de l’appétit, voire un refus de s’alimenter. Dans ces situations, l’amaigrissement est le reflet d’une anorexie pathologique, c’est-à-dire d’une réduction involontaire ou volontaire des prises alimentaires, souvent en lien avec une souffrance psychique profonde ou un dérèglement hormonal.

Il est essentiel de ne pas opposer corps et esprit : un trouble dépressif majeur, une anorexie mentale ou une maladie d’Addison peuvent avoir des répercussions très concrètes sur le poids, la force musculaire et le risque de dénutrition. Reconnaître ces tableaux permet d’orienter vers une prise en charge multidisciplinaire, associant médecin généraliste, psychiatre, endocrinologue et diététicien.

Anorexie mentale restrictive : distorsion de l’image corporelle et dénutrition sévère

L’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire caractérisé par une restriction calorique volontaire, une peur intense de prendre du poids et une altération de la perception de l’image corporelle. Les personnes concernées se perçoivent souvent en surpoids alors qu’elles sont déjà très amaigries, ce qui les conduit à poursuivre des régimes extrêmes, à pratiquer une activité physique excessive ou à utiliser des méthodes de purge. L’indice de masse corporelle (IMC) est fréquemment inférieur à 17,5 kg/m².

La dénutrition qui en résulte peut être sévère, avec une perte de poids rapide, une aménorrhée (disparition des règles), une frilosité, une chute de cheveux, des troubles cardiaques et une grande fatigue. L’entourage remarque souvent des changements de comportement : isolement, obsession pour la nourriture, discours répétitif sur le poids ou les calories. L’anorexie mentale nécessite une prise en charge spécialisée, associant psychothérapie, suivi nutritionnel et, parfois, hospitalisation pour stabiliser l’état somatique.

Dépression majeure et syndrome mélancolique avec anhédonie alimentaire

La dépression majeure ne se manifeste pas uniquement par une tristesse profonde : elle peut aussi entraîner une perte d’intérêt pour les activités habituellement plaisantes, y compris l’alimentation. On parle d’anhédonie alimentaire lorsque manger ne procure plus de plaisir, voire devient une contrainte. Le patient saute des repas, grignote peu, oublie de cuisiner et perd progressivement du poids, parfois sans s’en rendre compte.

Dans les formes mélancoliques, la perte d’appétit est souvent marquée, associée à un réveil matinal précoce, une culpabilité excessive, des idées noires et un ralentissement psychomoteur. L’amaigrissement constitue alors un signal d’alarme supplémentaire, venant s’ajouter à la souffrance morale. Le traitement repose sur une prise en charge globale : antidépresseurs, psychothérapie, soutien social et conseils nutritionnels. Retrouver un poids stable fait partie intégrante du rétablissement.

Maladie d’addison : insuffisance surrénalienne chronique et hypocortisolisme

La maladie d’Addison est une insuffisance surrénalienne chronique, le plus souvent d’origine auto-immune, qui se traduit par un déficit en cortisol et parfois en aldostérone. Le cortisol est une hormone essentielle à la régulation du métabolisme, de la pression artérielle et de la réponse au stress. En cas d’hypocortisolisme, l’organisme fonctionne comme au ralenti, ce qui se traduit par une fatigue intense, une hypotension, des troubles digestifs (nausées, diarrhées, douleurs abdominales) et une perte de poids progressive.

Un signe évocateur est la présence d’une hyperpigmentation cutanée, surtout au niveau des zones exposées au soleil, des plis des mains, des cicatrices ou des muqueuses. Le diagnostic repose sur un dosage du cortisol sanguin, de l’ACTH et des tests dynamiques de stimulation surrénalienne. Le traitement substitutif par hydrocortisone (et parfois fludrocortisone) permet, une fois bien équilibré, de corriger les symptômes, de restaurer l’appétit et de stabiliser la courbe pondérale.

Phéochromocytome : hypersécrétion de catécholamines et hyperactivité métabolique

Le phéochromocytome est une tumeur rare de la médullosurrénale, responsable d’une sécrétion excessive de catécholamines (adrénaline, noradrénaline). Ces hormones, impliquées dans la réponse au stress, accélèrent le rythme cardiaque, augmentent la tension artérielle et stimulent le métabolisme. Leur production incontrôlée peut entraîner une perte de poids, une transpiration excessive, des palpitations, des céphalées violentes et des poussées hypertensives paroxystiques.

Ce tableau clinique, impressionnant mais parfois intermittent, fait parfois évoquer à tort un trouble anxieux ou des crises de panique. Pourtant, l’amaigrissement associé et la persistance de chiffres tensionnels élevés doivent faire rechercher une cause organique. Le diagnostic repose sur le dosage des métanéphrines plasmatiques ou urinaires et sur l’imagerie des surrénales. Le traitement est le plus souvent chirurgical, après préparation médicale, et permet la normalisation du métabolisme et du poids dans la majorité des cas.

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